Nomades, voyageurs, infortunés, réfugiés, conquérants, contestataires: voilà six catégories de campements que la Cité Chaillot a choisit d’explorer dans une exposition qui ouvre ce mercredi 13 avril. Comment habiter l’éphémère ? Comment construire avec les moyens du bord ? Souvent en marge des villes, les campements passent pourtant rarement inaperçus, ils prennent une place importante dans l’actualité – et dans l’imaginaire collectif.

A l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Habiter le campement » à la Cité de l’architecture et du patrimoine, nous discutons de l’habitat provisoire en compagnie de deux architectes : Patrick Bouchain et Philippe Trétiack.

A TRAVERS LA GLACE 1914-1917 : l’expédition Shackleton

Au début du XXème siècle, la conquête des pôles, dernières contrées inconnues de l’Homme, anime nombre d’explorateurs, pour la gloire et pour la science. Au rang de ceux-ci, Sir Ernest Shackleton tient lieu de héros : sa traversée de l’Antarctique vit son navire et son équipage faits prisonniers par les glaces. Pour sauver ses compagnons, l’explorateur accomplit une série d’incroyables exploits.

Texte de Françoise Bonardel, 1980

Initialement paru dans le livre, Cartes et figures de la Terre, catalogue de l’exposition organisée par le Centre de Création Industrielle au Centre Georges Pompidou en 1980

JPEG - 57.8 ko

Lignes d’erre retranscrites par Gisèle Durand Ruiz, Graniès, 1974, in Cahiers de l’Immuable /3, revue Recherches n° 24, 1976

« Dans les vagues,

Dans les monts érodés

de la chaîne

hercynienne

Quelques radeaux

d’après le désastre  » …*

Sur ces radeaux, quelques jeunes hommes et femmes, guidés par l’impulsion et l’intuition initiales de F. Deligny, vivent aux côtés d’enfants psychotiques jugés incurables, dans « la vacance du langage »*. S’ils ont, en quelque sorte, « pris le maquis » et sont, comme les enfants qu’on leur a confiés, de singuliers partisans, c’est qu’ils ont entrepris, hors de toute institution, une aventure qui fait peut-être d’eux les contemporains de nos ancêtres primitifs, de « l’homme naturel » de Rousseau, ou encore de ce Victor, enfant-sauvage de l’Aveyron… Au jour le jour, par leurs faits et gestes coutumiers : conduire le troupeau, couper du bois, faire cuire le repas…, ils marquent de leur présence cette terre austère et immuable des Cévennes, transcrivant ensuite ces trajets et multiples « faire » quotidiens en d’innombrables cartes qui « donnent à voir » ce qu’eux-mêmes ignoraient souvent jusqu’alors, et sans quoi les enfants psychotiques resteraient pour eux, et réciproquement, d’irréductibles étrangers. Ce que les cartes révèlent, à travers les nombreux tracés et le transcrit qui en est fait, là où l’enchevêtrement des « lignes d’erre » et des trajets coutumiers constitue un « lieu-chevêtre », c’est l’existence d’un « corps commun » , d’un « Nous primordial » , qui ne saurait être ramené à un noeud de désirs inconscients comme le voudrait la psychanalyse, ni à un héritage de dispositions innées ; c’est bien plutôt « ce quelque chose on nous qui échappe au conjugable », ainsi que tente de le définir Deligny, ou encore ce « fonds commun autiste que nous avons tous on permanence ».