J’ai demandé aux habitants du camp Aïda à Bethléem d’esquisser des cartes de ce qui les entoure. Les dessins en train de se faire ont été enregistrés en vidéo, de même que les récits qui animent ces géographies subjectives. À travers six chapitres qui forment autant de courts-métrages potentiellement indépendants, vous découvrirez pas à pas le camp de réfugiés et ses environs, vous suivrez les trajets de quelques personnes et leurs tentatives de composer avec l’état de siège sous lequel ils vivent. Un hommage à ce que j’appellerai résistance par contournement, à l’heure où la possibilité même de cette résistance semble disparaître.


I have asked inhabitants of Aida Camp, Bethlehem, to draw maps of what they see around them. The drawing process as well as the stories related to those subjective geographies have been recorded on video. Through six chapters that form as many potentially independent short films, step by step you’ll discover the refugee camp and it’s surroundings, you’ll follow the routes of some persons and their attempts to deal with the state of siege they live under. Let’s call it a tribute to resistance by going around obstacles, in times where the very possibility of that resistance seems to be vanishing.

 

Interview by Social Science Bites (transcription below)

Geographer Doreen Massey wants us to rethink our assumptions about space. In this episode of the Social Science Bites podcast she explains why.

 

David Edmonds: Doreen Massey has made her reputation by studying space, not outer space, space here on planet Earth. Professor Massey is a geographer who wants us to rethink many of our assumptions about space, including the assumption that it is simply something we pass through. She believes that an analysis of spatial relations between, for example, people, cities, jobs, is key to an understanding of politics and power.

Luc Delahaye, Eyal Weizman - The Space of this Room is your Interpretation (2011)

Luc Delahaye, Eyal Weizman – The Space of this Room is your Interpretation (2011)

par  Eyal Weizman

La manœuvre conduite par l’armée israélienne à Naplouse en avril 2002 consiste à interpréter la maison privée comme une voie de passage, et à « passer à travers les murs ». Elle implique une conception de la ville en tant que médium de la guerre : une matière flexible, quasi liquide, constamment contingente. Qui produit de telles interprétations ? Un vaste champ intellectuel s’est mis en place depuis la fin de la guerre froide afin de repenser les opérations militaires. Les soldats suivent des cours intensifs pour maîtriser des matières telles que l’infrastructure urbaine ou l’analyse des systèmes complexes, et recourent également à une grande variété de théories élaborées dans les sphères universitaires civiles. L’appropriation militaire de ces théories est étudiée ici par le biais d’entretiens avec des officiers, dans le souci d’attirer l’attention sur la possibilité, comme l’envisageait Herbert Marcuse, qu’à mesure que s’accroît l’intégration entre divers aspects de la société, « la contradiction et la critique » puissent se trouver également subsumées et devenir un instrument au service du pouvoir hégémonique. La subversion du mur devient la prérogative de l’armée israélienne dans les camps de réfugiés palestiniens.

A TRAVERS LA GLACE 1914-1917 : l’expédition Shackleton

Au début du XXème siècle, la conquête des pôles, dernières contrées inconnues de l’Homme, anime nombre d’explorateurs, pour la gloire et pour la science. Au rang de ceux-ci, Sir Ernest Shackleton tient lieu de héros : sa traversée de l’Antarctique vit son navire et son équipage faits prisonniers par les glaces. Pour sauver ses compagnons, l’explorateur accomplit une série d’incroyables exploits.

When Faith Moves Mountains (making of), 15 m 06 s, Lima, Peru 2002

 

Invité à la troisième Biennale de Lima de 2002, Francis Alÿs réalise un projet de grande ampleur qui prend pour titre When Faith Moves Mountains, reprenant la sainte maxime « Quand la foi déplace les montagnes », au pied de la lettre. Le 11 avril 2002, Francis Alÿs parvient à réunir environ 500 volontaires armés de pelles sur la cime d’une dune de Ventanilla, au nord de Lima, une cité bâtie sur un désert qui abrite les quartiers les plus pauvres de la capitale et où de nombreuses habitations illégales ont fleuris. Sans eau ni électricité, cette zone est essentiellement peuplée par des immigrants économiques et des réfugiés politiques qui ont échappé à la guerre civile pendant les années 80 et 90. L’objectif de cette nouvelle communauté, alignée, temporaire, autonome, recrutée principalement chez des universitaires de Lima , est de déplacer une dune de dix centimètres, sur une ligne de 500m. Lentement, toute la journée, ils avancent ensemble, déplaçant un petit monticule de sable devant leurs pieds. La symbolique de l’action collective engage une réévaluation de la notion subjective et politique de la carte et du territoire. Topos versus Utopie en quelque sorte.

Entretien d’Édouard Glissant avec Laure Adler dans « L’invitation au voyage » en 2004.

Annual Rings U.S.A./Canada boundary at Fort Kent, Maine and Clair, New Brunswick 1969. Schemata of annual rings severed by political boundary. Time: U.S.A. 1:30 pm; Canada 2:30 pm

Annual Rings U.S.A./Canada boundary at Fort Kent, Maine and Clair, New Brunswick 1969. Schemata of annual rings severed by political boundary. Time: U.S.A. 1:30 pm; Canada 2:30 pm

 

Henri Lefebvre, sociologue français célèbre, livre l’essentiel de ses idées sur la ville et sur la vie urbaine contemporaine, dont il est l’un des critiques les plus durs. Fustigeant le règne de l’automobile et la commercialisation de toute chose, dénonçant une certaine conception superficielle et facile du progrès, il signale que notre civilisation a dramatiquement raté le tournant de l’époque industrielle (révolue) à l’époque urbaine (actuelle) et préconise, après la réforme agraire, la réforme urbaine.

1972, 34 min 25 s

Texte de Françoise Bonardel, 1980

Initialement paru dans le livre, Cartes et figures de la Terre, catalogue de l’exposition organisée par le Centre de Création Industrielle au Centre Georges Pompidou en 1980

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Lignes d’erre retranscrites par Gisèle Durand Ruiz, Graniès, 1974, in Cahiers de l’Immuable /3, revue Recherches n° 24, 1976

« Dans les vagues,

Dans les monts érodés

de la chaîne

hercynienne

Quelques radeaux

d’après le désastre  » …*

Sur ces radeaux, quelques jeunes hommes et femmes, guidés par l’impulsion et l’intuition initiales de F. Deligny, vivent aux côtés d’enfants psychotiques jugés incurables, dans « la vacance du langage »*. S’ils ont, en quelque sorte, « pris le maquis » et sont, comme les enfants qu’on leur a confiés, de singuliers partisans, c’est qu’ils ont entrepris, hors de toute institution, une aventure qui fait peut-être d’eux les contemporains de nos ancêtres primitifs, de « l’homme naturel » de Rousseau, ou encore de ce Victor, enfant-sauvage de l’Aveyron… Au jour le jour, par leurs faits et gestes coutumiers : conduire le troupeau, couper du bois, faire cuire le repas…, ils marquent de leur présence cette terre austère et immuable des Cévennes, transcrivant ensuite ces trajets et multiples « faire » quotidiens en d’innombrables cartes qui « donnent à voir » ce qu’eux-mêmes ignoraient souvent jusqu’alors, et sans quoi les enfants psychotiques resteraient pour eux, et réciproquement, d’irréductibles étrangers. Ce que les cartes révèlent, à travers les nombreux tracés et le transcrit qui en est fait, là où l’enchevêtrement des « lignes d’erre » et des trajets coutumiers constitue un « lieu-chevêtre », c’est l’existence d’un « corps commun » , d’un « Nous primordial » , qui ne saurait être ramené à un noeud de désirs inconscients comme le voudrait la psychanalyse, ni à un héritage de dispositions innées ; c’est bien plutôt « ce quelque chose on nous qui échappe au conjugable », ainsi que tente de le définir Deligny, ou encore ce « fonds commun autiste que nous avons tous on permanence ».