When Faith Moves Mountains (making of), 15 m 06 s, Lima, Peru 2002

 

Invité à la troisième Biennale de Lima de 2002, Francis Alÿs réalise un projet de grande ampleur qui prend pour titre When Faith Moves Mountains, reprenant la sainte maxime « Quand la foi déplace les montagnes », au pied de la lettre. Le 11 avril 2002, Francis Alÿs parvient à réunir environ 500 volontaires armés de pelles sur la cime d’une dune de Ventanilla, au nord de Lima, une cité bâtie sur un désert qui abrite les quartiers les plus pauvres de la capitale et où de nombreuses habitations illégales ont fleuris. Sans eau ni électricité, cette zone est essentiellement peuplée par des immigrants économiques et des réfugiés politiques qui ont échappé à la guerre civile pendant les années 80 et 90. L’objectif de cette nouvelle communauté, alignée, temporaire, autonome, recrutée principalement chez des universitaires de Lima , est de déplacer une dune de dix centimètres, sur une ligne de 500m. Lentement, toute la journée, ils avancent ensemble, déplaçant un petit monticule de sable devant leurs pieds. La symbolique de l’action collective engage une réévaluation de la notion subjective et politique de la carte et du territoire. Topos versus Utopie en quelque sorte.

Entretien d’Édouard Glissant avec Laure Adler dans « L’invitation au voyage » en 2004.

J’ai plusieurs fois essayé de penser à un appartement dans lequel il y aurait une pièce inutile, absolument et délibérément inutile. Ça n’aurait pas été un débarras, ça n’aurait pas été une chambre supplémentaire, ni un couloir, ni un cagibi, ou un recoin. Ç’aurait été un espace sans fonction. Ça n’aurait servi à rien, ça n’aurait renvoyé à rien.

Il m’a été impossible, en dépit de mes efforts, de suivre cette pensée, cette image, jusqu’au bout. Le langage lui-même, me semble-t-il, s’est avéré inapte à décrire ce rien, ce vide, comme si l’on ne pouvait parler que de ce qui est plein, utile, et fonctionnel.

Codex Seraphinianus [PDF, 55.4mb] 1978.

Born in Rome in 1949, Luigi Serafini is best known for his visual tour-de-force the Codex Seraphinianus. Originally published in 1981 in a strictly limited edition, the Codex is an asemic encyclopedia of an alien world. Lushly illustrated, each of the Codex’s 11 chapters explore what Douglas Hofstadter categorized as both « grotesque and disturbing » and « extreme beautiful and visionary » surreal images of a fictional world. Long considered to be written in an uncrackable code, Serafini admitted in 2009 that the Codex Seraphinianus is actually written asemically in order to echo the feeling that children have when first encountering the written word.

Texte de Françoise Bonardel, 1980

Initialement paru dans le livre, Cartes et figures de la Terre, catalogue de l’exposition organisée par le Centre de Création Industrielle au Centre Georges Pompidou en 1980

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Lignes d’erre retranscrites par Gisèle Durand Ruiz, Graniès, 1974, in Cahiers de l’Immuable /3, revue Recherches n° 24, 1976

« Dans les vagues,

Dans les monts érodés

de la chaîne

hercynienne

Quelques radeaux

d’après le désastre  » …*

Sur ces radeaux, quelques jeunes hommes et femmes, guidés par l’impulsion et l’intuition initiales de F. Deligny, vivent aux côtés d’enfants psychotiques jugés incurables, dans « la vacance du langage »*. S’ils ont, en quelque sorte, « pris le maquis » et sont, comme les enfants qu’on leur a confiés, de singuliers partisans, c’est qu’ils ont entrepris, hors de toute institution, une aventure qui fait peut-être d’eux les contemporains de nos ancêtres primitifs, de « l’homme naturel » de Rousseau, ou encore de ce Victor, enfant-sauvage de l’Aveyron… Au jour le jour, par leurs faits et gestes coutumiers : conduire le troupeau, couper du bois, faire cuire le repas…, ils marquent de leur présence cette terre austère et immuable des Cévennes, transcrivant ensuite ces trajets et multiples « faire » quotidiens en d’innombrables cartes qui « donnent à voir » ce qu’eux-mêmes ignoraient souvent jusqu’alors, et sans quoi les enfants psychotiques resteraient pour eux, et réciproquement, d’irréductibles étrangers. Ce que les cartes révèlent, à travers les nombreux tracés et le transcrit qui en est fait, là où l’enchevêtrement des « lignes d’erre » et des trajets coutumiers constitue un « lieu-chevêtre », c’est l’existence d’un « corps commun » , d’un « Nous primordial » , qui ne saurait être ramené à un noeud de désirs inconscients comme le voudrait la psychanalyse, ni à un héritage de dispositions innées ; c’est bien plutôt « ce quelque chose on nous qui échappe au conjugable », ainsi que tente de le définir Deligny, ou encore ce « fonds commun autiste que nous avons tous on permanence ».