J’ai demandé aux habitants du camp Aïda à Bethléem d’esquisser des cartes de ce qui les entoure. Les dessins en train de se faire ont été enregistrés en vidéo, de même que les récits qui animent ces géographies subjectives. À travers six chapitres qui forment autant de courts-métrages potentiellement indépendants, vous découvrirez pas à pas le camp de réfugiés et ses environs, vous suivrez les trajets de quelques personnes et leurs tentatives de composer avec l’état de siège sous lequel ils vivent. Un hommage à ce que j’appellerai résistance par contournement, à l’heure où la possibilité même de cette résistance semble disparaître.


I have asked inhabitants of Aida Camp, Bethlehem, to draw maps of what they see around them. The drawing process as well as the stories related to those subjective geographies have been recorded on video. Through six chapters that form as many potentially independent short films, step by step you’ll discover the refugee camp and it’s surroundings, you’ll follow the routes of some persons and their attempts to deal with the state of siege they live under. Let’s call it a tribute to resistance by going around obstacles, in times where the very possibility of that resistance seems to be vanishing.

Codex Seraphinianus [PDF, 55.4mb] 1978.

Born in Rome in 1949, Luigi Serafini is best known for his visual tour-de-force the Codex Seraphinianus. Originally published in 1981 in a strictly limited edition, the Codex is an asemic encyclopedia of an alien world. Lushly illustrated, each of the Codex’s 11 chapters explore what Douglas Hofstadter categorized as both « grotesque and disturbing » and « extreme beautiful and visionary » surreal images of a fictional world. Long considered to be written in an uncrackable code, Serafini admitted in 2009 that the Codex Seraphinianus is actually written asemically in order to echo the feeling that children have when first encountering the written word.

Texte de Françoise Bonardel, 1980

Initialement paru dans le livre, Cartes et figures de la Terre, catalogue de l’exposition organisée par le Centre de Création Industrielle au Centre Georges Pompidou en 1980

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Lignes d’erre retranscrites par Gisèle Durand Ruiz, Graniès, 1974, in Cahiers de l’Immuable /3, revue Recherches n° 24, 1976

« Dans les vagues,

Dans les monts érodés

de la chaîne

hercynienne

Quelques radeaux

d’après le désastre  » …*

Sur ces radeaux, quelques jeunes hommes et femmes, guidés par l’impulsion et l’intuition initiales de F. Deligny, vivent aux côtés d’enfants psychotiques jugés incurables, dans « la vacance du langage »*. S’ils ont, en quelque sorte, « pris le maquis » et sont, comme les enfants qu’on leur a confiés, de singuliers partisans, c’est qu’ils ont entrepris, hors de toute institution, une aventure qui fait peut-être d’eux les contemporains de nos ancêtres primitifs, de « l’homme naturel » de Rousseau, ou encore de ce Victor, enfant-sauvage de l’Aveyron… Au jour le jour, par leurs faits et gestes coutumiers : conduire le troupeau, couper du bois, faire cuire le repas…, ils marquent de leur présence cette terre austère et immuable des Cévennes, transcrivant ensuite ces trajets et multiples « faire » quotidiens en d’innombrables cartes qui « donnent à voir » ce qu’eux-mêmes ignoraient souvent jusqu’alors, et sans quoi les enfants psychotiques resteraient pour eux, et réciproquement, d’irréductibles étrangers. Ce que les cartes révèlent, à travers les nombreux tracés et le transcrit qui en est fait, là où l’enchevêtrement des « lignes d’erre » et des trajets coutumiers constitue un « lieu-chevêtre », c’est l’existence d’un « corps commun » , d’un « Nous primordial » , qui ne saurait être ramené à un noeud de désirs inconscients comme le voudrait la psychanalyse, ni à un héritage de dispositions innées ; c’est bien plutôt « ce quelque chose on nous qui échappe au conjugable », ainsi que tente de le définir Deligny, ou encore ce « fonds commun autiste que nous avons tous on permanence ».